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L’amour impossible d’Alicia, 31 ans : « Il n’a jamais parlé de moi à ses proches »

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Un mercredi sur deux, nos lecteurs et lectrices nous racontent leurs histoires d’amour impossibles. Une histoire avortée ou jamais avouée, platonique ou contrariée, qui les a marquées. Pour notre premier épisode, Alicia*, 31 ans, se souvient de son premier grand amour meurtri par la religion et la tradition.  

C’était mon premier grand amour, j’avais à peine 20 ans. À ce moment de ma vie, je faisais mes études et ne me souciais pas de grand-chose. Un jour, il a fait irruption dans mon quotidien. Je travaillais au McDo pour subvenir à mes besoins, comme beaucoup de jeunes.

Il a été embauché dans mon équipe. Je me souviens qu’on s’est instantanément bien entendus tous les deux : on rigolait énormément ensemble. Dans les prémices de notre relation, on se fréquentait en tant qu’amis, mais on est rapidement tombés très amoureux l’un de l’autre. Il était musulman, tandis que moi j’avais une éducation un peu catholique par le biais de la famille de mon père, sans être trop pratiquante pour autant. Sa religion n’était vraiment pas un sujet pour moi au tout début de notre relation.     

Mon entourage a toujours été composé de personnes très différentes. Mes amis sont tous de différentes confessions et origines, sans que cela ne soit jamais un souci. Pour moi, tant que l’amour était là, il n’y avait aucun problème. Du moins, tant que l’autre accepte que l’on soit différents, évidemment. Si chacun est ouvert, je pense toujours aujourd’hui que la mixité dans les couples est possible.

Mais dans cette relation, je me suis rendu compte que les exigences de mon compagnon de l’époque commençaient à me peser, voire à me questionner, sur notre avenir commun. J’ai mis du temps à ouvrir les yeux. Quand j’ai vraiment pris conscience de la situation, nous étions ensemble depuis un an environ.     

TROIS ANS DE RELATION SANS EXISTER AUX YEUX DE SES PROCHES   

Notre relation avait beau être des plus sérieuses, je ne connaissais pas sa famille. Lui, avait déjà rencontré mes parents depuis bien longtemps. Il n’était pas rare qu’il vienne dormir chez moi, d’ailleurs. C’était quelque chose que j’avais beaucoup de mal à comprendre, cette manière de me cacher, comme s’il avait honte de moi. Dans sa famille, présenter sa copine induit forcément l’idée que tu vas l’épouser. Quand on partait en vacances ensemble, il allait même jusqu’à dire à ses parents que c’était un voyage entre potes.

Je me souviens même du mariage d’un ami où sa mère et sa sœur était invitées : il a passé son temps à m’éviter pour ne pas qu’elles comprennent que nous étions en couple. « On évitera d’être trop proches », m’avait-il lâché. Heureusement, ça n’a duré que le temps de la cérémonie à la mairie, car sa famille n’était pas présente à la soirée organisée après. Nous sommes restés trois ans ensemble, il n’a jamais parlé de moi à ses proches. J’étais inexistante.    

« LE FAIT QUE J’AIE DES ORIGINES ANTILLAISES SEMBLAIT ÉGALEMENT POSER UN PROBLÈME ! » 

Seul un de ses frères était au courant de notre relation. Il s’était confié à lui parce qu’il vivait une situation similaire avec une fille catholique. Comme il n’était pas très religieux, c’était plus facile de lui en parler. Quand je racontais à mes amis ce qui se passait, tous me disaient à quel point la situation n’était pas normale. Non seulement je n’étais pas musulmane, mais le fait que j’aie des origines antillaises semblait également poser un problème ! Un jour, il m’avait glissé une phrase à ce sujet, m’expliquant que ses parents n’apprécieraient pas non plus le fait que je sois une femme noire. Dans certaines familles maghrébines, un racisme anti-noirs peut effectivement exister, c’est un vrai tabou que quelques journalistes racisés ont dénoncé.  

« IL M’ASSURAIT QU’IL N’Y AURAIT JAMAIS D’ALCOOL À LA MAISON, NI DE PORC DANS LE FRIGO »  

Des éléments qui rendaient clairement notre amour impossible, voire inaudible. Le plus dur dans toute cette histoire, c’est qu’il continuait à me faire miroiter la possibilité d’un mariage. Il n’arrêtait pas de me dire qu’il parlerait un jour de moi à ses parents. Quand je pense à tout ça, je me dis que c’est vraiment fou… Je rêvais déjà de me marier à 20 ans ! Mais, en un sens, c’était aussi la seule manière de concrétiser notre amour aux yeux du monde. Sauf que, quand on parlait de construire une famille, les règles qu’il m’imposait ne me convenaient pas du tout. Si nous nous engagions à former une famille, il m’avait assuré qu’il n’y aurait jamais d’alcool à la maison, ni de porc dans le frigo. Pour lui, c’était non négociable !  

Sans oublier que nos enfants seraient forcément musulmans. Je lui répondais toujours que chacun pourrait transmettre ses convictions, mais qu’ils devraient avoir le droit de faire leurs choix eux-mêmes. Je n’étais pas du tout contre l’idée que mes enfants soient musulmans, du moment que cette religion était leur décision et non pas celle de leur père. Quand on évoquait le sujet ensemble, c’était toujours la même histoire… Il était catégorique. J’avais l’impression que, si je devenais sa femme, je n’allais pouvoir décider de rien en la matière. C’est simple : il ne me prenait pas du tout en considération, ni dans notre relation, ni dans l’éventuelle famille qu’on aurait fondée. J’avais l’impression de devoir m’oublier.    

« NOUS N’AVIONS VRAIMENT PAS LES MÊMES VALEURS »   

Sans parler forcément de famille, nos différences au quotidien étaient tangibles. Avec le recul, je me rends juste compte que nous n’avions pas du tout la même façon de vivre, ni de nous amuser. Le plus souvent, je faisais mes soirées de mon côté et lui du sien. Le décalage était criant. Sa vision traditionnelle de la religion le poussait aussi à me faire régulièrement des remarques sur ma façon de m’habiller. Je me souviens d’une soirée entre amis pendant laquelle il ne m’avait pas adressé la parole parce que je portais un crop top et un mini short ! Plus il se comportait de la sorte, plus j’étais dans la provocation. Pour lui, j’avais des discours de Femen… Nous n’avions vraiment pas les mêmes valeurs.    

Plus le temps passait, plus j’étouffais dans cette relation. Je pense sincèrement que nous étions arrivés à un point de non-retour. À force, j’ai fini par comprendre que notre histoire était vouée à l’échec. Je me souviens que je disais tout le temps : « Je suis amoureuse, mais je ne suis pas heureuse ! » Je me suis rendu compte que l’amour ne suffisait pas. Au même moment, j’entamais de nouvelles études, dans un autre environnement. Je crois que j’avais envie d’une nouvelle vie, d’un nouveau départ. Il se trouve que j’ai rencontré mon copain actuel à cette période un peu compliquée de ma vie. Nous nous sommes rencontrés dans un bar, et je me suis instantanément dit que nous avions énormément de points communs. Sans que je sois vraiment intéressée par lui au départ, notre rencontre m’a tout de même fait un électrochoc.   

Dans une certaine mesure, j’étais en train de me rendre compte qu’il était possible de rencontrer des hommes avec lesquels je pourrais réellement partager des choses. C’est finalement la leçon que j’ai tirée de cette histoire avortée :  , notamment la tolérance. Comme j’avais déjà quitté mon ex une première fois, je l’ai poussé inconsciemment à la rupture. Je voulais me libérer de cet amour destructeur. Je ne pouvais plus supporter d’être mise au placard. J’avais l’impression de vivre une relation à sens unique. Il a fallu d’une énième crise de jalousie de ma part pour que la rupture soit consommée.  Même si je venais de prendre conscience que cet amour était impossible, j’étais profondément triste. Le temps a fini par faire les choses. Je me suis mise en relation avec l’homme qui partage ma vie désormais.   

« LÀ C’EST BON, J’AI ENFIN PARLÉ DE TOI À MES PARENTS ET MA SŒUR »  

Un jour, j’ai repris un verre avec mon ex. Quand je lui ai annoncé que je n’étais plus célibataire, j’ai vu de la détresse dans ses yeux. Une nuit, il m’a même téléphoné en pleurs à 3 heures du matin… Il disait qu’il voulait tout faire pour me récupérer. « Là c’est bon, j’ai enfin parlé de toi à mes parents et ma sœur », me disait-il.

Mais pourquoi parler de moi au moment de notre rupture ? Il était resté silencieux sur mon existence pendant trois longues années. De toute manière, je ne saurai jamais si c’était vrai, ou si cela faisait partie d’un stratagème pour me récupérer. Malgré ses promesses, j’ai tenu bon.   

J’étais dans une nouvelle vie dans laquelle j’étais tellement plus épanouie. Je découvrais enfin une relation qui présentait suffisamment de ressemblances avec mon partenaire. Surtout, mon nouveau copain me regardait avec fierté, ne perdait jamais une occasion de me mettre en avant devant ses amis ou sa famille… D’ailleurs, sa famille est devenue la mienne aujourd’hui.

J’ai enfin le sentiment d’être comprise et acceptée. Cette relation m’a soignée de la précédente. Pour autant, je ne garde aucune amertume en moi : je me dis que les choses n’arrivent jamais par hasard. Cette histoire impossible m’a fait grandir d’une certaine manière. J’ai compris ce que je voulais : être une femme libre aimée pour ce qu’elle est.   

Par Justine Briquet Moreno

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