Partir ou rester? Près d’un béninois sur deux envisage de quitter leur pays
Près d’un Béninois sur deux a déjà envisagé de quitter le pays, à des degrés divers, pour s’installer ailleurs. Selon les données de la Round 10 d’Afrobarometer, collectées en 2024/2025 dans 38 pays africains, 46 % des personnes interrogées au Bénin déclarent avoir pensé à l’émigration, dont 23 % « beaucoup », 10 % « quelque peu » et 13 % « un peu ». Une aspiration au départ qui, à l’échelle africaine, apparaît particulièrement liée à la recherche d’un emploi et aux difficultés économiques.
L’idée de quitter le Bénin n’est donc pas marginale dans les réponses recueillies par Afrobarometer. Sur 100 personnes interrogées dans le pays, 46 disent avoir, à un niveau ou à un autre, envisagé de partir vivre dans un autre pays. Le chiffre ne signifie cependant pas que 46 % des Béninois ont déjà préparé leur départ ou disposent d’un projet concret d’émigration. A l’analyse de TRIOMPHE MAG, l’enquête mesure une intention ou une réflexion autour du départ, et non les départs effectivement réalisés.
Cette distinction est d’autant plus importante que l’aspiration à migrer ne se transforme pas systématiquement en migration effective. Le rapport d’Afrobarometer rappelle que le fait de souhaiter partir et la capacité réelle à émigrer sont deux réalités différentes car précise t-il, de nombreuses personnes peuvent envisager de quitter leur pays sans disposer des moyens financiers, administratifs ou matériels nécessaires pour concrétiser ce projet.
Les jeunes et les plus instruits davantage tournés vers l’extérieur
Le phénomène prend une dimension particulière lorsqu’il est observé à travers l’âge et le niveau d’instruction. À l’échelle des 38 pays étudiés, les jeunes de 18 à 35 ans sont trois fois plus nombreux que les personnes âgées de plus de 55 ans à déclarer avoir beaucoup envisagé de quitter leur pays : 32 % contre 11 %. L’intérêt pour l’émigration est également plus important chez les personnes les plus instruites, avec 31 % contre 18 % chez celles ayant le niveau d’instruction le plus faible.
Ces données permettent de situer le phénomène dans une tendance africaine, mais elles ne doivent pas être automatiquement présentées comme des chiffres spécifiques au Bénin. Le rapport fournit bien le taux global de 46 % pour les personnes interrogées au Bénin, mais les données disponibles dans le document consulté ne détaillent pas la part exacte des jeunes Béninois ou des Béninois les plus instruits parmi ces 46 %.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre au Bénin. Dans les 38 pays étudiés, 45 % des personnes interrogées déclarent avoir envisagé l’émigration à un degré ou à un autre, dont 25 % « beaucoup ». L’intérêt pour le départ a également progressé au cours de la dernière décennie : dans les 31 pays où la même question avait été posée en 2016/2018, la proportion de personnes ayant « beaucoup » envisagé l’émigration est passée de 18 % à 25 % en 2024/2025.
L’emploi et les difficultés économiques au cœur des motivations
Derrière l’idée du départ se trouve principalement une préoccupation économique. À l’échelle des 38 pays couverts par l’étude, la moitié des personnes qui envisagent d’émigrer expliquent qu’elles partiraient à la recherche d’un emploi. Près de trois sur dix, soit 29 %, évoquent plutôt la pauvreté ou les difficultés économiques. Les autres motivations sont nettement moins fréquentes : 4 % citent la poursuite des études, 3 % des considérations liées à la démocratie et aux libertés et 3 % le voyage ou le tourisme.
Ces chiffres ne permettent pas d’affirmer que les 46 % de Béninois ayant envisagé l’émigration partiraient exactement pour les mêmes raisons. Ils montrent toutefois que, dans l’ensemble des pays étudiés, le travail et les conditions économiques constituent les principales motivations déclarées par les candidats potentiels au départ.
Le rapport établit également un lien entre les perceptions de la situation économique et l’intérêt pour l’émigration. Les chercheurs relèvent notamment que l’insatisfaction à l’égard de la gestion économique du gouvernement est associée à un intérêt plus élevé pour le départ. De manière générale, les perceptions négatives des conditions économiques et politiques nationales figurent parmi les facteurs les plus fortement associés au désir de quitter son pays.
Quitter le Bénin : une aspiration qui ne signifie pas forcément partir
Le chiffre de 46 % doit donc être lu avec précaution. Il décrit une aspiration migratoire, pas un taux d’émigration. Entre une personne qui rêve de vivre à l’étranger, celle qui commence à chercher des informations sur les possibilités de départ et celle qui dispose déjà d’un visa, d’un emploi ou d’un financement pour voyager, les situations sont très différentes.
Cette différence entre aspiration et réalisation permet également de comprendre pourquoi l’envie de partir peut être élevée alors que les départs effectifs restent nécessairement plus limités. Les contraintes financières, les procédures administratives, l’accès aux visas, les possibilités d’emploi à l’étranger et les obligations familiales peuvent empêcher une personne qui souhaite partir de concrétiser son projet.
Le contexte régional renforce cette lecture. Si une majorité des Africains interrogés se montre favorable, en principe, à la libre circulation des personnes dans leur sous-région, les déplacements transfrontaliers restent perçus comme difficiles. Seuls 23 % des répondants dans les 38 pays déclarent qu’il est facile ou très facile de franchir les frontières pour travailler ou commercer, contre 63 % qui jugent ces déplacements difficiles ou très difficiles.
Au Bénin, les 46 % enregistrés par Afrobarometer constituent ainsi moins la photographie d’un départ massif que celle d’une société où l’idée de l’émigration occupe une place importante dans les projections d’une partie de la population. Derrière ce chiffre se dessine une question plus large : que recherchent ces Béninois lorsqu’ils regardent au-delà des frontières ? Emploi, meilleures conditions économiques, études ou autre perspective de vie ? Les données disponibles dans le rapport permettent déjà d’identifier une forte dimension économique à l’échelle africaine.

