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Bénin: 67,1 % des adolescentes de 15 à 19 ans déclarent avoir subi au moins une forme de violence de genre

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Ils ont entre 15 et 19 ans. Ils vont à l’école, apprennent un métier, grandissent dans des familles, des quartiers, des villages. Et pourtant, selon une étude nationale sur les Violences Basées sur le Genre au Bénin notamment le Rapport Final, août 2022, commanditée par le Ministère des Affaires Sociales et de la Microfinance et réalisée par l’OFFE (Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant), c’est dans cette tranche d’âge que les violences basées sur le genre frappent le plus fort. Plus que chez les adultes. Plus que chez les enfants. 

Au Bénin, 67,1 % des adolescents de 15 à 19 ans déclarent avoir subi au moins une forme de violence de genre. C’est le chiffre le plus élevé enregistré dans toutes les tranches d’âge au Bénin. Un chiffre tiré non pas d’une enquête militante, mais de la même étude commanditée par le gouvernement lui-même, publiée en 2022 par le Ministère des Affaires Sociales.

Pendant ce temps, les cas enregistrés augmentent chaque année. L’étude nationale sur les violences basées sur le genre réalisée en 2022 par l’Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (OFFE) sous la direction du Ministère des Affaires Sociales est, à ce jour, la photographie la plus complète du phénomène au Bénin. Elle couvre les 12 départements du Bénin, interroge des ménages et des individus des deux sexes, et croise des données qualitatives et quantitatives.

Ces violences ont un visage. Dans la commune de Kpomassè, département de l’Atlantique, le centre de santé local a reçu en une seule période des cas que le médecin-chef décrit comme « aussi critiques que délicats » : une adolescente de 14 ans, apprentie couturière, retrouvée après cinq jours de séquestration par un maçon, testée positive au VIH. Une adolescente revendeuse enceintée après un viol collectif. Des cas documentés par l’UNFPA Bénin qui montrent que derrière chaque statistique du SIDoFFE-NG, il y a une histoire, un corps, une vie abîmée.

Ses conclusions sur les adolescents sont sans ambiguïté. La prévalence des violences de genre atteint 67,1 % parmi les personnes de 15 à 19 ans contre 58,5 % pour l’ensemble des personnes de 15 ans et plus. Chez les enfants de 10 à 14 ans, ce taux est de 52,4 %. Ce n’est pas un hasard si les adolescents arrivent en tête. Ils sont à une période de leur vie où ils quittent progressivement la sphère familiale, entrent dans des espaces mixtes école, apprentissage, lieu de travail, rue sans toujours disposer des outils pour identifier, nommer ou refuser la violence.

Statistiques des formes de violence

Les formes de violence sont multiples. Les données du Système Intégré des Données relatives à la Famille, la Femme et l’Enfant Nouvelle Génération (SIDoFFE-NG), la plateforme nationale de suivi en temps réel  montrent que les violences psychologiques dominent, représentant 47,06 % des 94 001 cas enregistrés entre janvier 2020 et septembre 2023. Les violences physiques représentent 15,71 % des cas, les violences économiques 12 %. Les violences sexuelles, souvent les moins déclarées, comptent 1 049 cas officiellement enregistrés sur la période 2019-2022,un chiffre que les spécialistes qualifient unanimement de sous-évalué.

Pour les moins de 18 ans spécifiquement, une étude rétrospective publiée dans le Journal Africain de Pédiatrie et de Génétique Médicale en 2024, basée sur les données du SIDoFFE-NG de 2019 à 2023, a recensé 23 645 cas de violences contre les enfants. Les 15-17 ans y représentent 66,30 % des cas. Et 94,14 % des victimes dans cette tranche sont des filles.

Ce qui frappe dans les données, au-delà de l’ampleur, c’est la trajectoire. Les cas enregistrés ne diminuent pas. Ils augmentent. En 2020, le SIDoFFE-NG a enregistré 13 465 cas. En 2021, 12 120. En 2022, 16 261. En 2023, 16 623. À fin octobre 2024, déjà 19 421 cas avant même la fin de l’année. Sur la période de 2022 à octobre 2024, ce sont 55 982 cas enregistrés et pris en charge, selon l’OFFE. 86,17 % des victimes sont des femmes et des filles.

Ces chiffres représentent les cas déclarés. Pas les cas réels. Le Dr Nassirou Kassoumou Hararou, Directeur général de l’OFFE, note lui-même un recul des formes de violence pour lesquelles des actions de lutte soutenues ont été menées, violences physiques et sexuelles notamment, mais déplore une hausse des violences psychologiques. En 2023, 11 425 cas de violences psychologiques ont été recensés pour les seuls adultes de plus de 18 ans, avec plus de 1 000 cas dans chacun des départements de l’Atlantique, du Mono et de l’Ouémé.

Ce que la loi prévoit avec des textes sévères sur le papier

Le Bénin ne manque pas de lois. La loi n° 2011-26 du 9 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes constitue le socle. Elle couvre la violence domestique, le viol conjugal, le harcèlement sexuel, la prostitution forcée, le mariage forcé, les mutilations génitales féminines et les crimes d’honneur.

La loi n° 2021-11 du 20 décembre 2021 est venue considérablement renforcer ce dispositif. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et promulguée par l’ancien Président Patrice Talon, elle introduit des dispositions d’une sévérité réelle particulièrement pour les violences commises sur les mineurs et les adolescents.

Pour le viol commis sur un mineur de plus de 13 ans, la loi prévoit une réclusion criminelle de 10 à 20 ans assortie d’une amende de 1 à 5 millions de FCFA. Lorsque la victime a moins de 13 ans, la peine monte à la réclusion criminelle à perpétuité (article 553). Le harcèlement sexuel commis sur un mineur est puni de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une amende de 1 à 5 millions de FCFA et la loi est explicite : en aucun cas le consentement du mineur ne peut être retenu (article 551).

La loi va encore plus loin. Elle interdit expressément toute liaison entre un enseignant ou formateur et son apprenant, quelle que soit la nature des actes ou des échanges. Une telle liaison est automatiquement requalifiée en harcèlement sexuel. Le consentement de l’apprenant est sans effet juridique (article 551-1). C’est une disposition directement applicable à la tranche des 15-19 ans, massivement scolarisée ou en apprentissage.

Pour le mariage précoce et le mariage forcé, deux formes de violence qui touchent particulièrement les adolescentes dans les zones rurales, la loi prévoit une réclusion criminelle de 10 à 20 ans et une amende de 500 000 à 2 millions de FCFA (article 553-3).

Sur le plan institutionnel, ces infractions les plus graves impliquant des mineurs relèvent de la compétence de la CRIET,  la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme qui dispose depuis 2021 d’une chambre spécialisée dans les infractions commises à raison du sexe. 

Entre la loi et la réalité : un fossé béant

Les textes sont sévères. Mais l’application de ces lois reste la grande inconnue. L’étude OFFE 2022 révèle que seulement 31 % des Béninois interrogés connaissent l’existence de lois interdisant les VBG. Et parmi ceux qui en ont entendu parler, à peine 9,5 % pensent que ces lois sont effectivement appliquées. 24,7 % des répondants estiment que les activités de lutte contre les VBG ne sont pas efficaces.

Les chiffres de référencement judiciaire confirment ce diagnostic. Sur les 49 907 cas de VBG enregistrés entre février 2019 et février 2022, seulement 4 311 ont été référés aux officiers de police judiciaire ou aux tribunaux soit moins de 9 % des cas documentés. Pour l’année 2021 spécifiquement, les données du PNUD sont encore plus éclairantes : sur 11 216 victimes enregistrées, seulement 1 460 cas ont atteint la police ou la justice. Le PNUD identifie lui-même comme cause principale de cette impunité structurelle « la non-application des lois et textes réglementaires pris par les différents gouvernements successifs ».

L’Institut National de la Femme, créé par la loi de 2021 et dont le siège a été inauguré le 6 mars 2025 compte désormais plus de trente agents dont avocats, psychologues et assistants sociaux tente de combler ce vide. Au 8 novembre 2024, il avait traité 1 797 dossiers, dont 278 cas de violences physiques, 124 cas d’atteintes sexuelles sur mineures de moins de 13 ans et 117 cas de viol. Combien de ces dossiers ont abouti à une condamnation devant la CRIET ? Cette donnée n’est à ce jour pas publiée publiquement. Mais l’INF s’est toujours battue chaque fois qu’un cas cas de violence sur le genre est dénoncé.

Pourquoi les victimes ne parlent pas

Les raisons du silence sont multiples et documentées. L’enquête Afrobarometer de 2022 révèle que 47 % des citoyens béninois pensent qu’il n’est pas probable qu’une victime de VBG porte plainte. Plus grave : 65 % estiment qu’une femme qui se rend à la police risque d’être critiquée, harcelée ou humiliée par d’autres membres de sa communauté. Ces perceptions ne sont pas des préjugés sans fondement. Elles reflètent une réalité sociale dans laquelle dénoncer une violence, c’est souvent s’exposer à une double peine.

Trois ans après l’adoption de la loi de décembre 2021, les données judiciaires sur les condamnations prononcées restent inaccessibles au public. C’est précisément ce manque de transparence qui empêche de mesurer si cette loi pourtant l’une des plus complètes de la sous-région a changé quelque chose dans la vie des 67,1 % d’adolescents de 15 à 19 ans que les données identifient comme victimes.

Cet article a été produit dans le cadre de la bourse WanaData, une initiative de Code for Africa, du Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD), d’AfricTivistes, de CFI Media Development, du World Scout Bureau Africa Regional Office et de la Fondation Kofi Annan, avec le soutien de l’Institut Néerlandais pour la Démocratie Multipartite (NIMD).

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