Initiative « La Ceinture et la Route » : la coopération sino-béninoise mise sur l’éducation et l’innovation pour moderniser le Bénin
Dans le cadre de l’initiative « La Ceinture et la Route de la soie », la coopération sino-béninoise se traduit notamment par des bourses d’études en Chine et des prix d’excellence universitaire. À travers ces initiatives, qui soutiennent la formation et l’innovation, l’enjeu est de renforcer les compétences de la jeunesse béninoise et de contribuer au développement du pays.
Rachel Eriyomi Assinou poursuit un master en mécanique en Chine grâce à une bourse de WAPCO Bénin. Pour cette étudiante béninoise, le séjour ne se résume pas à suivre des cours dans un établissement étranger. Il s’agit aussi d’acquérir des compétences techniques et de découvrir un autre environnement de travail et de vie.
« Actuellement je travaille sur la détection des fuites sur les pipelines, comment les corriger et une programmation afin de pallier la fuite quand elle va intervenir », explique-t-elle. Son parcours s’inscrit dans celui d’une première promotion d’une dizaine d’étudiants béninois envoyés en Chine pour se former dans des domaines comme le génie pétrolier, le génie mécanique et l’informatique. Derrière cette initiative, il y a une ambition qui dépasse l’obtention d’un diplôme, celle de former des jeunes capables de mobiliser leurs connaissances au service des activités économiques de leur pays.
En Chine, apprendre un métier et découvrir une autre culture
En Chine leur quotidien tourne autour de l’apprentissage du mandarin, cours de calligraphie, vie en dortoir, découverte du hot pot et visites de musées. L’adaptation à un nouvel environnement culturel accompagne ainsi les apprentissages universitaires.
Pour ces jeunes, l’expérience ne se limite pas aux salles de cours. Elle les confronte à d’autres habitudes, à d’autres méthodes d’apprentissage et à des réalités différentes de celles qu’ils connaissent au Bénin.
La formation technique occupe une place particulière dans le programme. En vacances au Bénin en juillet 2025, Rachel Eriyomi Assinou, étudiante en master de mécanique, a présenté un travail portant sur la détection des fuites et les moyens de les corriger. Cette spécialisation renvoie directement aux besoins d’un secteur énergétique dans lequel la maîtrise des installations, la prévention des incidents et la maintenance sont essentielles.
L’enjeu est donc de relier les connaissances acquises à l’étranger aux réalités professionnelles du Bénin. C’est précisément l’objectif affiché par WAPCO, qui présente la formation comme un investissement dans les compétences humaines autant que comme un accompagnement de son projet industriel.
WAPCO mise sur les compétences nationales
L’administrateur général de WAPCO Bénin, Jin Jinsong place d’ailleurs cette bourse dans la pérennité des activités de l’entreprise. « Notre objectif est de former des talents à la fois compétents techniquement, ouverts à l’international et ancrés dans la réalité locale afin de garantir le bon fonctionnement et la durabilité de notre projet », déclare-t-il.
Pour lui, les ressources humaines constituent un levier essentiel du développement du secteur énergétique. « Nous sommes convaincus que les ressources humaines sont le capital le plus précieux de toute entreprise et qu’elle constitue la clé du développement durable du secteur énergétique au Bénin», a-t-il indiqué.
Cette orientation, ajoute-t-il, doit se prolonger dans la durée. « À l’avenir, nous continuerons à perfectionner notre système de formation et nous espérons que vous, chers étudiants, sauriez profiter pleinement de cette opportunité. Soyez rigoureux, curieux, ouverts et engagés dans vos études et votre vie quotidienne. Devenez des chercheurs de savoir, des ambassadeurs interculturels et des bâtisseurs du progrès social», a rassuré l’administrateur général de Wapco.
Son ambition n’est pas loin des objectifs de développement du Bénin en matière d’investissement dans le capital humain, de valorisation du potentiel productif et de renforcement des compétences nationales dans les secteurs de l’énergie et des mines.
Dine Mahma Saliou, directeur adjoint de cabinet au ministère de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, a salué l’audace, la persévérance et l’ouverture dont les étudiants ont fait preuve Il met également l’accent sur la portée de l’initiative de WAPCO. « Je voudrais saluer la vision stratégique de WAPCO qui ne se limite pas à l’exploitation des ressources mais s’inscrit dans une logique de développement local durable, de transfert de compétences et de responsabilité sociétale. », a-t-il reconnu.
Le transfert de compétences constitue ici un enjeu central. Au-delà de la formation de quelques étudiants, la question est celle de la capacité à mobiliser les connaissances acquises pour renforcer progressivement l’expertise disponible au Bénin.
Josué Kolade Azandegbey, directeur adjoint de cabinet au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, s’est prononcé sur la responsabilité qui accompagne l’attribution de ces bourses. « C’est une bourse exceptionnelle. Non pas parce qu’on vous offre des conditions optimales et idéales de formation et d’études en Chine, mais simplement parce que vous avez une forte promesse qu’à la fin de votre formation vous reviendrez pour accompagner le développement économique de notre pays. », a-t-il expliqué.
Pour la Chine, la formation s’inscrit dans une coopération plus large
La présence de WAPCO au Bénin et son programme de formation prennent place dans une relation bilatérale qui s’est progressivement élargie à plusieurs domaines. L’ambassadeur de Chine au Bénin, Zhang Wei, rattache cette initiative au partenariat stratégique établi entre les deux pays en 2023.
« Depuis l’établissement du partenariat stratégique entre les deux pays en 2023, l’installation de WAPCO au Bénin et surtout la mise en service du pipeline sont de nouveaux résultats de la coopération amicale entre les deux pays », affirme t-il.
Il précise ensuite les motivations du programme de formation. « D’où vient le projet de formation des étudiants béninois en Chine ? D’abord c’est pour le développement économique du pays, mais aussi pour le développement de la société WAPCO». C’est fort de cela qu’il invite les boursiers à se considérer comme des ambassadeurs de l’amitié sino-béninoise au Bénin.
Les étudiants deviennent ainsi des acteurs d’une relation qui ne se limite pas aux échanges institutionnels. En vivant et en étudiant en Chine, ils découvrent une société, des pratiques et un environnement académique qu’ils pourront faire connaître à leur retour. Cette dimension humaine accompagne les projets économiques et les accords de coopération.
Elle apparaît également dans l’initiative « La Ceinture et la Route de la Soie », qui sert de cadre à des programmes d’échanges et à des actions en faveur de l’excellence universitaire qui se traduit par des récompenses attribuées à des étudiants.
Des prix d’excellence pour encourager l’innovation
La formation en Chine n’est pas le seul moyen par lequel cette coopération entend soutenir les talents béninois. Il y a aussi le prix d’excellence « la Ceinture et la Route de la Soie » qui distingue des étudiants pour leurs résultats académiques et leurs projets.
À sa septième édition, organisée en mars 2026, l’initiative a récompensé une cinquantaine de lauréats. Les distinctions spéciales vont de prix financiers de 500 000 francs CFA à une possibilité de formation de master dans une université chinoise. Depuis son lancement en 2019, près de 350 étudiants ont déjà bénéficié de cette initiative, pour une enveloppe cumulée d’environ 158 millions de francs CFA.
Parmi les lauréats de l’édition 2026 figure Roland Gbohoui, titulaire d’une licence professionnelle en équipement motorisé. Il a reçu le prix de la meilleure innovation pour un projet de scooter électrique à trois roues.
« Il s’agit d’un scooter électrique ultra allégé à longue autonomie avec une particularité, le régénératif. Donc c’est ça qui m’a valu le prix de la meilleure innovation », explique-t-il.

L’intérêt de cette distinction tient à la place accordée à l’inventivité. Le projet de Roland Gbohoui montre que les récompenses ne se limitent pas aux résultats obtenus dans les cours et qu’elles peuvent également mettre en lumière des solutions imaginées par de jeunes professionnels.
Pour Zhang Wei, ambassadeur de la Chine près le Bénin, l’initiative répond à une ambition plus large que la seule remise de distinctions. « L’initiative La Route de la Soie proposée par le Président Xi Jinping est une solution chinoise pour relever les défis de l’époque, promouvoir le développement mondial et réaliser une prospérité commune », déclare -t-il.
Consciente des enjeux de cette lourde responsabilité, Fantasia Mahinou a pris un sérieux engagement. « Nous prenons ici l’engagement de faire bon usage des prix qui nous sont octroyés, de continuer à travailler avec rigueur et détermination afin de contribuer au développement de notre pays », a promis l’étudiante.
De 1964 à aujourd’hui, une relation qui s’est transformée
La coopération sino-béninoise actuelle s’appuie sur une histoire diplomatique de plusieurs décennies. Le Bénin, alors Dahomey, a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine le 12 novembre 1964. Ces relations ont été rompues en janvier 1966, avant d’être rétablies le 29 décembre 1972.
Depuis, les relations bilatérales se sont développées autour de différents domaines, notamment la coopération économique, les échanges universitaires et les initiatives culturelles. Le partenariat stratégique établi en 2023 marque une nouvelle étape dans cette relation. Les projets industriels, les programmes de bourses et les prix d’excellence en constituent aujourd’hui plusieurs expressions.
La formation de Rachel Eriyomi Assinou en mécanique et le projet de scooter électrique de Roland Gbohoui mettent en lumière deux aspects de la coopération sino-béninoise à savoir le développement des compétences techniques et l’encouragement à l’innovation. À travers les bourses d’études et les prix d’excellence, cette coopération offre aux jeunes Béninois des possibilités de formation et de valorisation de leurs projets. L’enjeu pour le Bénin est de faire en sorte que ces possibilités se traduisent par des compétences utiles à son industrie et par des innovations susceptibles de répondre à ses besoins.

