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Création de la SRTB : vers l’assassinat de l’audiovisuel public béninois? L’avis tranché de Deo Gratias Kindoho

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Ceci vous concerne, tous, même si vous ne le savez pas. Une radio ou une télévision publique dont on efface du code génétique, l’assignation à l’intérêt général n’en est plus une. C’est la mission d’intérêt général dont il est investi, qui confère au service, son caractère public.

Aux antipodes des engagements du candidat Patrice Talon, le président de la République Patrice Talon s’évertue depuis quelques années à domestiquer les organes de la presse publique béninoise quand il ne les éradique pas. La suppression de l’Agence Bénin Presse de notre paysage médiatique pour des raisons de non-rentabilité demeure la plus déconcertante illustration de l’irresponsabilité et de l’inculture de nos dirigeants en la matière. En plus d’accaparer la presse publique pour l’exploiter à des fins de propagande, il faut qu’elle leur rapporte du pognon au passage. La réforme de l’audiovisuel public qu’ils ont conçue et conduite entre eux ne déroge pas à ce double enjeu qui fonde leur mode d’action.

Le principal enseignement de ladite réforme est que l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB) disparaît au profit d’une nouvelle structure dénommée Société de Radio et de Télévision du Bénin S.A (SRTB S.A). Le changement ne se limite pas au nom. Il modifie l’âme même de la radiotélévision de service public. Les statuts de la nouvelle entité adoptés début novembre 2023 mais gardés confidentiels à ce jour se veulent à cet effet sans ambages. Ils parachèvent l’œuvre de totalitarisation engagée par le Chef de l’État contre l’Office. Du moins, ils la formalisent.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer ce qu’implique l’appellation “Société Anonyme”. Au mieux, demandez autour de vous ou questionnez internet. Mais je peux vous le souffler un peu : la SRTB S.A est une entreprise commerciale dont le capital est destiné à être ouvert ou cédé en part d’actions à des personnes physiques ou morales, publiques ou privées. Devinez ce que sera le tableau dans un futur plus ou moins proche. Pour comparaison, l’ORTB, tel qu’il existe encore aujourd’hui, a un statut d’établissement public administratif (EPA).

Les EPA sont des organismes de droit public qui exercent une mission d’intérêt général dans tous les secteurs excepté le commerce et l’industrie. Mon livre Hors Antenne vous en apprend davantage, bien au-delà du statut juridique de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin. Sans immodestie, j’y démontre suffisamment que, contrairement aux idées véhiculées y compris par certains de mes collègues quand j’y étais encore, les statuts de l’ORTB ne le soumettent guère au pouvoir exécutif. Peut-être les géniteurs de la SRTB S.A l’ont-ils lu afin de s’assurer que le monstre qu’ils ont enfanté, ne porte aucun gène sain.
Je m’en arrête là quant à la forme pour vous emmener dans le fond où se loge confortablement et ostensiblement l’acte de domestication de l’audiovisuel public suivant le désir de Patrice Talon. Je vais me limiter à deux exemples.

Le premier, c’est la configuration du Conseil d’Administration de la nouvelle boîte. Alors que celui de l’ORTB n’a en son sein aucun représentant direct du Chef de l’État en exercice – mais 4 représentants de différents ministres, un représentant du personnel élu en assemblée générale, un représentant des usagers et une personnalité compétente dans le domaine de l’audiovisuel – les membres du Conseil d’Administration de la SRTB S.A sont, tous, fournis par le pouvoir exécutif. Un représentant de la présidence de la République et six de différents ministères dont le ministère en charge de la Communication que Patrice Talon a pourtant supprimé des départements de son gouvernement depuis des années. La nomination d’un salarié pour siéger en tant qu’administrateur de la SRTB S.A est facultative.

Le second exemple – et c’est le socle de la caporalisation de la Société de Radio et de Télévision du Bénin S.A – réside dans une trouvaille qui n’est pas sans renvoyer à une époque sombre de notre histoire. Les statuts de la SRTB S.A instaurent, en effet, un comité éditorial qui est au-dessus de la direction générale et des directions diverses, le nouveau groupe audiovisuel comptant au moins sept organes distincts. Ce comité éditorial est composé de deux représentants de la présidence de la République, d’un représentant du ministère de tutelle et des directeurs des organes de la SRTB S.A. Il est dirigé par l’un des représentants de la présidence de la République et, notamment « définit la ligne éditoriale des différents organes de presse de service public ». Spécifiquement, il s’attachera, entre autres à « promouvoir les actions de développement du gouvernement ». Là où le Directeur Général de l’ORTB veille à la mise en œuvre de la politique d’information du Gouvernement ainsi qu’à la diffusion de tous les courants d’opinion, celui de la SRBT S.A veille au respect de l’orientation de la ligne éditoriale des organes de presse définie par le comité éditorial. Les gages de la diversité d’opinions sur les médias publics explicitement inscrits dans les statuts de l’ORTB cessent d’exister dans ceux de la SRTB S.A. Ce n’est pas un détail.

La mise en place d’un comité éditorial piloté, qui pis est, depuis la présidence de la République transforme très officiellement la radiotélévision publique en outil de propagande de l’Exécutif. La dernière fois où un tel abcès immonde a poussé dans le visage de l’audiovisuel public béninois, c’était sous le marxisme-léninisme, régime à parti unique et à pensée absolue. En fin de compte, l’avènement de la SRTB S.A relève, de la forme au fond, d’un ordre logique. La gouvernance politique que subit le Bénin depuis 2016 rappelle déjà, à maints égards, celle qu’il vécut de 1972 à 1990.

Par Deo Gratias Kindoho, ancien journaliste à l’ORTB

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