“Un matin, mes photos intimes étaient là, sur les réseaux, accompagnées de commentaires humiliants”
Je n’ai jamais cru que l’amour pouvait se transformer en arme. Quand je me suis mariée, je pensais avoir trouvé un refuge. Il était attentionné, protecteur, presque possessif mais je confondais cela avec de l’amour. Pendant des années, j’ai vécu sous son regard, sous ses exigences, sous ses colères silencieuses. Et puis un jour, j’ai décidé de partir. Pas par haine. Par survie.
La rupture ne s’est pas bien passée. Il m’a suppliée, menacée, puis il a promis de changer. J’ai tenu bon. Je croyais que le plus dur était derrière moi. Je me trompais.
Un matin, mon téléphone n’arrêtait pas de vibrer. Des messages, des appels, des captures d’écran. J’ai ouvert un lien… et mon monde s’est effondré. Mes photos intimes. Celles que je n’avais jamais envoyées qu’à lui. Celles prises dans l’intimité d’un mariage que je croyais protégé. Elles étaient là. Sur les réseaux. Accompagnées de commentaires humiliants, de rires, de jugements.
C’était sa vengeance. Il avait écrit que j’étais une menteuse, une infidèle, une femme sans valeur. Comme si exposer mon corps allait prouver qu’il avait raison. Comme si ma nudité effaçait ma dignité.
Je n’ai pas pleuré tout de suite. J’étais figée. Puis la honte est arrivée. Une honte injuste, violente, écrasante. Je n’osais plus sortir. Je n’osais plus regarder les gens. À Abidjan, tout va vite, surtout les rumeurs. Et les réseaux sociaux ne pardonnent rien.
Ce qui m’a le plus blessée, ce n’était pas les inconnus. C’était certains proches. Ceux qui m’ont demandé pourquoi j’avais pris ces photos. Comme si le crime venait de moi. Comme si aimer, faire confiance, était une faute.
Lui, pendant ce temps, se disait “blessé”. Il disait agir sous le coup de la colère. Mais la colère n’excuse pas la cruauté. La douleur n’autorise pas la destruction.
Aujourd’hui, je me reconstruis lentement. J’ai porté plainte. J’ai appris un mot que je ne connaissais pas avant : cyber-violence. J’ai compris que je n’étais pas seule. Que d’autres femmes vivent le même enfer, souvent en silence.
Je raconte mon histoire pour celles qui n’osent pas parler. Pour dire que ce n’est pas de l’amour quand quelqu’un utilise ton intimité pour te punir. Ce n’est pas une erreur. C’est une violence.
Et à ceux qui pensent que publier le corps d’une femme la réduit au silence, je veux dire ceci : mon corps a été exposé, oui… mais ma voix, elle, ne se taira plus.

