Ukraine : amputé des deux pieds, un soldat secouru par drone après 491 jours sur le front
Isolé sur une position militaire dans la région de Kharkiv, en Ukraine, Kostiantyn Vlasenko, un soldat de 49 ans, a été évacué le 4 octobre 2026 par un drone aérien après 491 jours passés sur le front. Grièvement blessé aux deux jambes et incapable de rejoindre les lignes ukrainiennes par ses propres moyens, il a été extrait de cette zone dangereuse grâce à une opération exceptionnelle préparée pendant plusieurs mois.
Une année et près de cinq mois d’isolement, des blessures graves et des tentatives de sauvetage infructueuses. Le parcours de Kostiantyn Vlasenko illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les forces ukrainiennes pour évacuer leurs militaires blessés dans des secteurs où les drones ennemis et les mines rendent les déplacements particulièrement périlleux.
Selon les informations publiées les 19 et 20 octobre par les autorités militaires ukrainiennes et relayées par plusieurs médias, l’opération a été menée dans le secteur de Koupiansk, dans la région de Kharkiv. Le militaire, membre de la 30e brigade mécanisée, tenait une position avancée avec un autre soldat. Après la mort de son camarade, il s’est retrouvé seul sur place, alors que son état physique ne lui permettait plus de quitter les lieux.
Les blessures du militaire se sont aggravées après une attaque qui a gravement atteint ses deux jambes. Son pied gauche s’est détaché à la suite d’une nécrose des tissus, tandis qu’il a dû procéder lui-même à l’amputation de son pied droit avec un couteau. Les tentatives classiques d’évacuation se sont révélées infructueuses, notamment en raison de la surveillance permanente de la zone par les drones russes et des risques liés aux mines.
Un sauvetage aérien préparé pendant six mois
Face à l’impossibilité d’atteindre le blessé par voie terrestre, les forces ukrainiennes ont envisagé une solution inhabituelle : utiliser un drone lourd capable de transporter un homme. La préparation de cette mission a mobilisé des militaires, des spécialistes des systèmes sans pilote et des ingénieurs. L’objectif était de permettre à l’appareil de soulever le soldat et de le transporter jusqu’à un secteur plus sûr, malgré les menaces pesant sur le trajet.
L’opération a notamment reposé sur un hexacoptère de fabrication ukrainienne, le Heavy Shot Ayudag-6, développé par l’entreprise Gurzuf Defence. Initialement conçu pour d’autres usages militaires, cet appareil a été adapté afin de permettre le transport d’une personne suspendue à un système de levage. La veille du sauvetage, le soldat a reçu du matériel nécessaire à son harnachement ainsi qu’un téléphone contenant des instructions vidéo pour lui expliquer comment s’attacher à l’équipement.
Le 4 octobre, après avoir passé 491 jours sur cette position, Kostiantyn Vlasenko a pu rejoindre le drone et fixer lui-même son harnais. L’appareil l’a ensuite transporté vers une zone sécurisée, où d’autres moyens ont pris le relais pour assurer son acheminement vers les équipes médicales. D’après les informations communiquées par les acteurs de l’opération, la mission aérienne a duré environ une heure et quinze minutes, pour un parcours total annoncé de 62 kilomètres.
Une première qui souligne le rôle croissant des drones
Le sauvetage a été présenté par les forces ukrainiennes comme une première dans l’histoire de cette guerre : l’évacuation directe d’un soldat blessé depuis une position de première ligne au moyen d’un drone aérien. Plusieurs unités ont contribué à sa réalisation, notamment des militaires spécialisés dans les drones, des équipes chargées de la guerre électronique et des éléments assurant la couverture de l’opération.
Des appareils supplémentaires ont été mobilisés pour détourner l’attention des forces adverses et réduire les risques pendant l’intervention. Cette coordination était indispensable dans un environnement où les drones d’observation et d’attaque peuvent repérer les mouvements et compromettre une mission de secours.
Le militaire a été pris en charge dans un établissement hospitalier de Kharkiv, où il a subi plusieurs interventions chirurgicales. Les informations communiquées par l’hôpital indiquent qu’il bénéficie de soins après ses graves blessures aux jambes. Son évacuation constitue un succès opérationnel, mais elle met aussi en évidence les risques considérables auxquels restent exposés les soldats blessés sur les lignes de front.
Si cette intervention ouvre de nouvelles perspectives pour le secours aux militaires isolés, elle ne signifie pas pour autant que l’évacuation aérienne par drone puisse devenir une pratique systématique. Les spécialistes impliqués soulignent les contraintes techniques et les dangers liés au transport d’une personne sous un appareil exposé aux tirs, aux brouillages électroniques et aux drones ennemis. Dans les zones où les moyens conventionnels ne peuvent plus intervenir, cette technologie apparaît néanmoins comme une solution de dernier recours pour tenter de sauver des vies.

