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Bénin : encore six billes dans le corps, prison, exil, solidarité et … 7 choses à savoir sur Habib Ahandessi

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Militant étudiant, activiste politique, ancien détenu, opposant au régime de Patrice Talon puis soutien affiché à Romuald Wadagni, Habib Wilfried Ahandessi, connu sous le surnom de « Le Révolutionnaire », s’est construit au fil des années une place singulière dans le paysage sociopolitique béninois. De ses combats sur les campus de l’Université d’Abomey-Calavi à son départ pour la France, en passant par plusieurs arrestations, une affaire de tirs et un séjour en prison, voici sept épisodes qui permettent de mieux comprendre le parcours de cet acteur public.

1. « Le Révolutionnaire », un militant révélé par le combat estudiantin

C’est à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) que Habib Ahandessi se fait véritablement connaître. Militant de la cause estudiantine, il devient une figure active dans les mouvements étudiants et est notamment présenté comme un défenseur des intérêts des étudiants au sein de l’Union nationale des scolaires et étudiants du Bénin (UNSEB). Il sera également président d’honneur de l’ONG La Voix des Étudiants.

Son engagement lui vaut rapidement le surnom de « Le Révolutionnaire ». Ses interventions ne se limitent toutefois pas aux revendications liées aux études. Habib Ahandessi prend progressivement position sur les questions de gouvernance, de libertés publiques et de politique nationale.

Son activisme finit par provoquer des tensions avec les autorités universitaires. En décembre 2021, le recteur de l’UAC, Félicien Avléssi, lui interdit ainsi l’accès aux différents campus, invoquant notamment les « troubles occasionnés par sa présence » et la nécessité de préserver l’ordre et la sécurité. Mais Habib Ahandessi conteste cette décision et continue de revendiquer son engagement en faveur des étudiants.

2. En décembre 2016, il reçoit six billes dans le corps

Le 20 décembre 2016, alors qu’il se trouve sur le campus d’Abomey-Calavi malgré une exclusion universitaire, Habib Ahandessi est au cœur d’un incident qui va durablement marquer son parcours.

A l’époque, une altercation l’oppose à Marius Hounsi, alors chargé de mission du rectorat. Habib Ahandessi affirme que ce dernier a sorti une arme et lui a tiré dessus. Plusieurs témoins disent avoir entendu des coups de feu, même si l’un d’eux précise ne pas pouvoir affirmer avec certitude que les tirs avaient atteint Habib Ahandessi. Marius Hounsi, de son côté, a toujours contesté avoir tiré sur l’étudiant.

Un élément médical rapporté par cette même archive donne une autre dimension à l’affaire. Lors du procès, l’avocat de l’étudiant affirme que le certificat médical et les clichés radiographiques délivrés après son admission à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi faisaient apparaître des billes dans son corps. Il s’agit précisément de six billes, dont la présence a été constatée à la radiographie.

L’affaire débouche sur une procédure judiciaire. Habib Ahandessi porte plainte pour tentative d’assassinat et, quelques jours plus tard, lui et Marius Hounsi sont placés sous mandat de dépôt. Le 23 janvier 2017, le tribunal de première instance d’Abomey-Calavi condamne finalement les deux hommes à quatre mois de prison avec sursis et à 100 000 FCFA d’amende chacun. Marius Hounsi est en outre condamné à payer 40 000 FCFA pour les soins de l’étudiant.

3. En 2019, il passe près de six mois à la prison civile de Cotonou

Deux ans après l’affaire de la fusillade, Habib Ahandessi connaît une nouvelle période carcérale, cette fois dans le contexte des violences postélectorales de 2019.

Arrêté le 9 mai 2019 par trois policiers, dont deux en civil, il est placé en garde à vue avant d’être placé sous mandat de dépôt le 13 mai à la prison civile de Cotonou. Cette fois-ci, les autorités lui reprochent notamment sa participation à des manifestations organisées sur le campus universitaire de Cotonou les 26 avril, 1er et 2 mai 2019 en marge des élections législatives. Habib Ahandessi était alors membre de l’Union sociale libérale (USL).

Son séjour carcéral durera plusieurs mois. Dans un entretien accordé en 2020, il raconte notamment avoir passé huit jours en cellule d’isolement, dans des conditions qu’il décrit comme particulièrement difficiles. Il affirme également avoir été malade pendant cette période et avoir été conduit à l’infirmerie de la prison.

Le 8 novembre 2019, il retrouve finalement la liberté. Habib Ahandessi fait partie des détenus libérés dans le cadre de la loi d’amnistie adoptée après les violences électorales. À sa sortie, il affirme que son passage en prison n’a pas changé ses convictions politiques.

4. En 2022, une nouvelle arrestation après ses prises de position sur les campus

Le 23 juillet 2022, Habib Ahandessi est de nouveau arrêté par la police. Son interpellation intervient après des prises de position publiques concernant notamment la décision relative aux organisations paramilitaires sur les campus universitaires.

Cette arrestation intervient alors que l’activiste demeure très présent dans le débat public à travers les réseaux sociaux. Son engagement ne se limite plus aux questions universitaires : il intervient désormais régulièrement sur la politique nationale et critique ouvertement la gouvernance de Patrice Talon.

Cet épisode de 2022 s’ajoute ainsi à celui de 2019 et à l’affaire judiciaire de 2016-2017, faisant de la détention et des procédures judiciaires des épisodes récurrents de son parcours militant.

5. De l’opposition béninoise à l’exil en France

Habib Ahandessi s’est également engagé sur le terrain politique. Son parcours l’a notamment conduit au sein de l’USL et du Mouvement socialiste révolutionnaire (MSR), dont il est le président. Ses prises de position le placent alors clairement dans l’opposition au pouvoir de Patrice Talon.

En 2024, son parcours prend une nouvelle tournure. Il séjourne en Europe et apparaît notamment en France aux côtés de Sébastien Ajavon lors d’un échange consacré à la situation politique béninoise. En octobre 2024, alors qu’une convocation lui est adressée par le commissariat du 13e arrondissement de Cotonou, plusieurs médias rapportent qu’il se trouve déjà en France.

Le 1er octobre 2024 correspond, selon les informations qu’il a lui-même communiquées, à son arrivée en France. Le 29 avril 2026, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) lui reconnaît la qualité de réfugié, estimant fondées ses craintes de persécution en cas de retour au Bénin en raison de ses opinions politiques. Quelques jours plus tard, il annonce également avoir obtenu un titre de séjour de dix ans.

6. Après avoir combattu le régime Talon, il affiche son soutien à Romuald Wadagni

L’évolution la plus récente de son parcours politique est sans doute son soutien public à Romuald Wadagni, candidat désigné de la mouvance présidentielle pour la présidentielle de 2026.

En septembre 2025, Habib Ahandessi salue publiquement la désignation de l’ancien ministre d’État et affirme que Romuald Wadagni l’a personnellement contacté pour solliciter son soutien. Il présente alors le candidat comme un travailleur acharné et un responsable doté d’une certaine rigueur. Il appelle parallèlement l’opposition à se choisir un candidat capable de porter une alternative.

Cette prise de position intervient après plusieurs années durant lesquelles Habib Ahandessi s’était fait connaître pour ses critiques contre le pouvoir de Patrice Talon. Elle marque donc une évolution importante de son positionnement politique public.

7. Il mobilise aussi sa communauté pour venir en aide aux personnes en difficulté

Derrière l’image du militant politique, Habib Ahandessi développe également une activité de mobilisation solidaire. À travers les réseaux sociaux et notamment les directs sur TikTok avec plus d’un million d’abonnés, il participe à des collectes de fonds destinées à soutenir des personnes confrontées à des difficultés, particulièrement lorsqu’elles ont besoin de soins médicaux.

En 2025, avec le créateur de contenu Ange Zountchégbé, il a contribué à mobiliser environ 37 millions de FCFA en 24 jours de lives TikTok pour financer la prise en charge de Jacques Fadonougbo, un ancien enseignant confronté à de graves problèmes de santé et dont l’évacuation en Inde était envisagée.

Quelques mois plus tard, une autre mobilisation permet de réunir 15 millions de FCFA pour Francette Attoh, une jeune femme souffrant d’insuffisance rénale chronique et ayant besoin d’une greffe au Maroc. Ces deux opérations illustrent une activité de solidarité qui ne se limite pas aux malades. Des collectes ont également été organisées en faveur d’artistes et d’autres personnes confrontées à des difficultés.

Ces actions ajoutent une autre dimension au personnage public qu’est devenu Habib Ahandessi. Après avoir construit sa notoriété dans le militantisme estudiantin et politique, il utilise aujourd’hui une partie de son audience pour organiser des mobilisations financières au profit de personnes qui sollicitent de l’aide.

De militant étudiant à activiste politique, de détenu à exilé, puis de figure contestataire à acteur engagé dans des initiatives de solidarité, Habib Ahandessi présente ainsi un parcours marqué par plusieurs ruptures. À bientôt quarante ans, celui qui s’est fait connaître sous le nom de « Le Révolutionnaire » continue de faire évoluer son rôle dans l’espace public béninois.

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